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Petite escapade de trois jours au dessus des P.O.



Pendant l'entre deux tours des présidentielles, je suis allé me promener sur les Pyrénées-Orientales.

Départ mardi matin de St-Affrique (LFIF) en direction de Saint Paul de Fenouillet (LF6652).

Un Cumulo-Nimbus (comme le prof) nous guettait du coin de l'oeil, mais par chance notre direction lui était opposée. Donc, décollage vers 14 heures sans être certain d'aller à destination à cause des nuages. Arrivé à 1500 pieds, au dessus de la couche, la visi était bonne et le sol bien visible. Donc ... on y va !

Arrivée 1h et demi plus tard à destination. Jean-Pierre TEISSERE, propriétaire de la piste (et ami de longue date) est en déplacement sur Perpignan. Nous (ma compagne Laetitia et moi) utilisons le temps libre pour monter la tente et délirer un peu. Ensuite, le soleil aidant, nous décidons d'aller visiter les gorges de Galamus ... à pied !

Heureusement une voiture stoppe 5 minutes plus tard et nous prend à son bord. Le chauffeur, un vieux monsieur de 70 ans avait tout l'air d'un viticulteur local. Nous hésitons à lui révéler notre arrivée via les airs de peur de passer pour des farfelus. Mais, dans la discussion nous avouons notre délire de partir à deux avec juste une tente pour visiter cette belle région.

L'homme eut alors les rétines qui se mirent à briller et le voici qu'il commence à nous raconter sa vie (sa passion devrais-je dire). En fait ce vieux monsieur a fait la guerre d'Algérie, mais comme c'était un piètre soldat et un bon photographe, il fut affecté au poste de photographe de l'armée. Ce fut là ses débuts de photos aériennes. Par la suite, étant militaire de carrière, il fut affecté à la base d'Aix pour répertorier et photographier tous les bâtiments classés. Alors, c'est vous dire les heures de vol qu'il a ce bonhomme... on faisait figure de petit joueurs avec notre ULM et une heure et demi de vol pour venir camper au bord d'une vigne.

Imaginez l'action : nous sommes dans le véhicule d'un monsieur passionné par les photos aériennes, nous roulons sur une route qui fait, TTC, 3m de large où l'on ne peut pas se croiser, il passe son temps à se retourner pour parler à ma compagne (passionnée de photo) et derrière nous les voitures commencent à s'impatienter (sans rien dire par respect du vieux monsieur). C'est un grand moment que nous avons vécu là !... Ensuite, il s'est garé au bord de la route, nous a montré son appareil photo et nous avons encore passé une heure à discuter.

Sur le chemin du retour (à pied), alors que nous sommes encore sous le charme de ce monsieur ainsi que celui des gorges très impressionnantes, une voiture nous fait des appels de phare et va faire demi tour pour nous inviter à monter à son bord.

Jean-Pierre est venu nous chercher pour nous éviter une longue marche à pied (merci JP). La joie des retrouvailles, les "tu te souviens de...", chacun relate en diagonale ce qui s'est passé depuis les 7 ans que nous ne nous sommes pas vu. Une heure passe encore avant qu'il ne rentre chez lui. Puis, on se retrouve avec Laetitia en tête à tête au restau. Pour tout vous dire, c'est la première fois que l'on laisse nos trois petits à la maison (non, pas seuls). Et là, on commence à atterrir une deuxième fois... pas de vaisselle à faire, pas de surveillance tout azimut, pas de cris ni de pleurs... non, juste Le Pen qui braille à la télé et les ragots préélectoraux qui vont bon train parmi les autochtones. Deux heures plus tard, on est au fond de la tente avec la tramontane qui nous rappelle que nous sommes en territoire Catalan.

Fin de la première journée.



Deuxième jour.

Le soleil se lève tout doucement ... nous aussi.

La tramontane ayant soufflée toute la nuit, notre guitoune n'étant pas fixée, nous avons dormi comme des bébés ... (je dors une heure, je me réveille une demi-heure).

Pour se réveiller on se rend au centre ville (age) et en guise de petit déjeuner on achète le monde (histoire de ne pas perdre le lien avec la réalité du moment). En première page, un mat avec deux "biroutes" qui sont dirigées en sens contraire, pour savoir d'où vient le vent pour le premier tour des élections. Ça nous donne une idée et on passe une bonne heure à délirer autour de la manche à air du terrain avec le journal entre les mains et l'appareil photo en action.

Neuf heures du mat, il est temps de décoller !... J'enfile mon ensemble du parfait motard pendant que ma passagère met une combi de ski (mais pas la combi de pluie quelle portait la veille). Direction le Canigou et ses 2987 mètres.

La tram se fait un malin plaisir de nous secouer au décollage et en remet une couche au passage du col de Saint-Paul de Fenouillet. Je sollicite le BMW et atteint rapidement les 2000 mètres où les secousses ne se font plus sentir. Pour ma part, le vol est génial. Le moteur pousse bien, la visi n'est pas trop mal, le paysage est super beau ... todo ba béné !...

Au-dessus de Prades, je demande à Laetitia de prendre des photos du Canigou avant de l'atteindre et de faire une vue d'ensemble de la chaîne des Pyrénées, avec l'Espagne en toile de fond. Contrairement à son habitude, elle a mit du temps à sortir l'appareil et s'est fait prier pour shooter !

Nous étions à peine à 2500 mètres lorsqu'elle manifeste son mécontentement et me dit qu'elle a froid. "- Tiens, bizarre", me dis-je. A 5000 mètres, sur le Mont-Blanc, elle ne voulait plus redescendre et là on n'est même pas arrivé qu'il faut repartir... Je fais la sourde oreille et maintiens mon cap sur l'objectif que nous nous étions fixé. Cinq minutes passent avant d'entendre dans l'interphone... les dents qui claquent ?... Heu, là y'a quelque chose de pas normal, pensais-je !

En fait la combi de ski n'est pas étanche et laisse passer le vent au travers, de plus, pour protéger le matériel elle avait mis l'appareil photo à l'intérieur. Pour prendre la première photo elle a dû : enlever les gants, ouvrir la combi et soulever la visière du casque intégral ... breu - fait pas chaud ici -. ;-))

Compte tenu que nous ne sommes qu'à la moitié de notre périple, je n'insiste pas et prends un cap vers la mer en descendant rapidement à 300 mètres. Tant pis pour le Canigou il faut savoir s'adapter et positiver les situations.

Nous survolons illes-sur-Têt, faisons un touch-and-go sur la piste de Corneilla de la Rivière pour faire un petit coucou à ce terrain qui a connu mes premières heures de vols (celles qui resteront gravées à vie et qui m'ont inculqué les automatismes que j'ai aujourd'hui). Ensuite nous contournons le lac de Villeneuve de la Raho, direction Canet plage (je résiste à un radada sur la plage...), puis on va en mer faire un petit coucou à un voilier qui se promène au large avant d'aller se poser à Toreilles (LF6651).

On arrive comme un cheveu sur la soupe. Nous allons nous présenter au responsable de la base, Michel LOPEZ. Celui-ci engage le dialogue et au bout d'un moment nous propose (sans que l'on ait rien demandé) deux vélos pour visiter le coin. Merci Michel. Nous voilà donc parti, sous un soleil de plomb avec les combis et à vélo pour chercher un resto.

Bien entendu, on s'est trompé 2 ou 3 fois dans les directions avant d'arriver au village de Sainte-Marie-la-Mer (à ne pas confondre avec l'autre, qui est dans les Bouches du Rhône et qui finit par : de-la-mer...). Une pizzeria fait notre bonheur, puis nous décidons d'aller nous baigner dans la mer toute proche. Rapidement on se trouve confronté au problème des vêtements peu adaptés (en pendulaire, seule la brosse à dent est tolérée dans les bagages, pas le superflu). Par chance, on déniche un coin pour nudiste où nos combinaisons de ski et de moto furent rapidement rangées aux pieds des vélos. Un peu par défi, on se retrouve dans l'eau qui au mois d'Avril ne devait pas dépasser les 19 °C, c'est vous dire si l'on a apprécié la bronzette qui a suivi !...

Deux ou trois heures passent avant que nous ne prenions le chemin du retour vers la base qui nous a si bien accueilli.

Après avoir remercié nos hôtes nous décollons en survolant la côte (St Cyp, Argelès, Collioure) avec pour destination Cerbère, puis la frontière Espagnole avant de revenir en suivant la chaîne des Albères... et retour vers Saint-Paul-de-Fenouillet pour passer la dernière nuit à la belle étoile.

Fin de la deuxième journée.



Troisième jour.

Pour commencer cette journée, il faut replier la tente et rouler le matelas, tel une torpille fixée sous le tricycle dans l'axe de la roue avant.

Un petit briefing pour fixer les objectifs de la journée. Nous décidons d'aller poser à Sérignan (LF3424) puis survoler le lac du Salagou et retour dans l'Aveyron en fin de journée pour clôturer notre aventure. Je téléphone à Gérard LANDRI pour savoir si ça ne le dérange pas que l'on vienne poser chez lui. Bien au contraire !... Il nous fait part d'un ULM prototype qu'il est en train de mettre au point et nous attend de pied ferme.

Un dernier pipi derrière la vigne et hop, on décolle face à cette tramontane qui nous régale du soleil et nous tarabuste les neurones une fois en l'air. Arrivés à 1000 pieds, ma passagère me demande de ne plus prendre d'altitude car elle se régale les yeux avec ce paysage typique qu'est l'arrière pays de l'Aude.

Je m'exécute donc et renonce même à longer la mer, comme je l'avais imaginé, pour rester sur le relief derrière Narbonne. Nous survolons les éoliennes et il me vient à penser que si des experts les ont mis à cet endroit ce n'est pas par hasard, parce qu'on sent bien le vent même si on est dedans. La météo annonce un Sud-Est de 20 km/h, donc un vent laminaire pas très fort ... Ma foi ?... S'ils le disent ! ...

Nous passons l'autoroute qui relie Montpellier à Toulouse et nous nous dirigeons tout droit vers les étangs qui ont des couleurs passant du vert au rose. Ce sont, là encore, des moments magiques. On ne sait plus où donner de la tête. Tout est beau et différent d'un moment à l'autre. Je vole à 100 km/h alors que l'on voudrait du géostationnaire. "- Vires à droite !...", "- Reviens sur le port !...", "Ho, t'as vu là ?!..." Bref, c'est un hélico que je prendrais la prochaine fois ;-)) .

Ensuite, le GPS me signale qu'il ne reste qu'une poignée de secondes avant d'arriver à destination. Je sollicite ma passagère pour qu'elle participe à la recherche du terrain mais elle n'en a rien à foutre, trop déçue qu'elle est de devoir aller poser.

C'est donc tout seul comme un grand que je situe la piste de Gérard. Un chemin traverse l'axe sur lequel j'ai décidé de poser les roues, mais à chaque extrémités les barrières sont fermées, j'en déduis donc que la piste est utilisable sur toute la longueur. Un petit survol de la "biroute" (plus pour me signaler que pour voir le sens du vent, car je commence à savoir d'où il vient le lascar...) et hop, on pose les roues en terre Héraultaise.

L'accueil est chaleureux, il se trouve que nous arrivons juste à l'heure de l'apéro et en bon méridional Gérard LANDRI nous convie à partager ce qui permet de mettre en appétit. Malheureusement, il nous reste encore quelques heures de vol et nous ne pouvons accepter que de l'eau bien fraîche qui sort du frigo.

Encore une fois, nous ne demandions rien et le propriétaire des lieux, sachant fort bien quelle est la problématique d'un touriste qui débarque à midi, nous a transporté (avec sa voiture du dimanche...) vers un restaurant routier fort agréable. Pour 10 euro chacun, nous avons mangé à volonté aussi bien des entrées que des desserts (ce détail a son importance pour la suite de l'histoire) ...

Une heure plus tard nous sommes retournés, avec le même moyen de locomotion, dans les entrailles d'un hangar où la magie des "géotrouvetout" fait prendre vie à un prototype d'ULM qui ferait pâlir d'envie plus d'un ingénieur de chez EADS ... L'objectif affiché de notre "chauffeur" ;-)) est de permettre au plus grand nombre de voler. Il veut en finir avec le rituel : "un qui vole et dix qui regardent" et veut inverser la tendance "dix qui volent et un qui regarde". Pour ce faire, il met au point une machine, simple et pas chère !... Avouez que cet homme est tout simplement en train de réinventer l'ULM, non ?... N'est-ce pas tout simplement la définition que nous donnerions à l'ULM en général ?...

Simple, dit-il : 3 roues, une poutre centrale, deux sièges au-dessus, une aile de chaque coté, un moteur derrière et ça suffit. Pas cher : économie d'une remorque, car l'appareil est prévu pour être tracté tel quel et ses ailes sont repliables en un clin d'oeil.

Voilà !... Y'a plus qu'à lui souhaiter bonne chance pour que son projet marche bien ...

Vers 15 heures, je prends quelques points GPS sur la carte OACI et programme notre route, puis nous décollons pour le Salagou.

Une fois en l'air, la ville de Béziers est à portée de main. En effet, pour nous rendre au lac nous devons contourner Béziers par l'Ouest afin d'éviter d'entrer dans la CTR. Ma passagère, ne doutant de rien, me demande de survoler les arènes. Heu, pas si simple !... Disais-je...

Et puis, après tout, pourquoi ne pas essayer ?... Je n'ai rien à perdre ... au plus un refus. C'est alors que j'appelle sur le 120.17, la tour de contrôle de Béziers, en demandant l'autorisation de traverser leur espace aérien. Le contrôleur n'y voit aucun inconvénient et me demande de me caler sur le 7700 !... Heu ???... me dis-je, le quoi ?... Il m'a fallu 3 ou 4 secondes pour comprendre qu'il parlait du transpondeur. Hé bien, heu, pour tout vous dire, je suis en pendulaire et je n'ai pas encore investi dans un transpondeur !... Rétorquais-je fort gêné.

Je me voyais déjà virer tout à gauche pour contourner la ville quand notre interlocuteur répondit que la piste était fermée et que je pouvais traverser sans autre forme de procès, si ce n'est de me signaler avant de quitter la fréquence. Youpi, c'est un grand jour on survole une ville !... Dix minutes passent avant qu'un hélico ne se mette en relation avec la tour pour un transit entre l'Hospital de Montpellier et celui de Béziers.

La tour me demande donc ma position ... "Ho putaing, merde... qu'est-ce que je vais répondre ?...". Le temps que je cherche sur le GPS l'hélico sera posé, une carte c'est même pas la peine d'y penser sur un pendulaire, comment je vais faire ???... C'est alors que Laetitia me dit : "- hé bé, on est sur Castorama !..." GLUPS, tu crois que c'est orthodoxe ça ?... Bon, j'ai pas trop le choix : "Béziers de Fox - Xray - Victor nous sommes vertical Castorama à 1000 pieds"... Ensuite la tour continue son dialogue comme si de rien n'était !... Super, il est compréhensif ce monsieur. Encore 10 minutes passent, puis nous disons au revoir et merci à Béziers.

C'est alors que nous passons du paysage méditerranéen à un paysage plus vallonné. Des petits lacs se succèdent avant d'arriver à un méga barrage suivi du célèbre Salagou...

Tout va bien, alors ?!... Me direz-vous.

Pas tant que ça !... Le vent a encore forci. Officiellement Sud-Est, réellement plutôt Nord-Ouest. Bien que ?... Ça dépend des moments !... si vous voyez ce que je veux dire...

De plus, nous sommes sur du relief pas trop haut. On serait un peu, comme qui dirait dans une pub d'Orangina ...

C'est à ce moment qu'intervient un nouveau facteur que je n'avais pas envisagé et qui pourtant rentre en ligne de compte : "Le restau à volonté pour 10 euro..."   (Je vous l'avais bien dit que ça avait son importance !...)   ;-))

Le GPS me donne encore 45 minutes de vol, je prends un peu d'altitude et laisse faire la barre de contrôle. Mon instructeur me disait : "- Roland, n'oublie jamais que ton aile sait voler ... toi non !...". Alors, je laisse faire...

Ma compagne, qui adore le bateau, est toute à son aise et continue de discuter dans le casque à tel point que je demande le silence pour me concentrer. Comme le fait tout pilote, j'étais à l'affût d'une "vache", mais il n'y en avait pas de propre, nous étions sur du relief et pas possible de poser sans risque. Bien sur, en cas de force majeure on est moins délicat... mais vu la forme que j'avais je ne tenais pas à faire de la précision d'atterrissage et puis surtout je n'avais pas envie d'avoir à redécoller. Alors, c'est là qu'entre en jeu ce que les sportifs appellent la "sophrologie" et que moi je nomme la méthode "Qwai" ... tout va bien, ça va y aller... Et ça a tenu !...

Bien que le temps m'ait paru long, la piste arrive enfin en ligne de mire et le poser fut ... propre, comme si de rien n'était. Je coupe le moteur, mets le frein de parking et je n'ai pas le temps de couper l'interphone avant que ma passagère ne murmure : "- Je me demande si les entrées étaient bien fraîches !..." Ce fût la goutte qui fait déborder le vase... je me mets à courir tout en enlevant le casque et c'est parti pour une vidange tout azimut... je vous passe les détails, mais il était temps de poser !...

C'est ainsi que se finit notre petite escapade du 17 au 19 Avril 2007 avec un soleil qui nous a accompagné tout le long de notre aventure.

J'ai pris quelques photos souvenirs de notre petite escapade. Ceux qui le souhaitent les trouveront à cette adresse : http://pendulaires.free.fr/Pyrenees Orientales

Bon vol à tous et à bientôt.

Roland ANDRAL












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